Interview d’Eric Bibb / Jazz au Coeur

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© Benjamin Jung

Article retaillé et paru dans le Jazz au Cœur du samedi 8 Août 2015.

«Le blues est l’Alpha et l’Omega»

Né en 1951 à New York dans une famille de musiciens, Eric Bibb éduque son oreille au son de Joan Baez, Bob Dylan, The New Lost City Ramblers ou encore Josh White. Multipliant les influences, il développe un style mélangeant le blues, le folk, la country, le gospel et la soul. A 19 ans il quitte les Etats-Unis pour Paris puis voyage en Europe pour finalement s’installer en Suède. Sa carrière compte 30 albums (live et studio).

Vous habitez en Suède, et avant cela en Finlande et à Paris. Êtes-vous un «poor wayfering stranger»?

Peut-être l’ai-je été. Mais aujourd’hui je me considère comme un citoyen du monde.

Que trouvez-vous en Europe que vous ne trouvez pas aux États-Unis ?

L’Amérique a du mal à apprendre de sa propre histoire. Je parle du poison persistant du racisme. En Europe j’ai ressenti que c’était moins prégnant, il y existe un profond respect et de l’empathie pour les afro-américains et leur culture dont je me considère l’ambassadeur.

Votre dernier album évoque Martin Luther King. Est-ce un hommage ou un engagement?

Les deux. C’est un hommage à un grand homme, un visionnaire qui avait les solutions. L’engagement est une façon de vivre permanente pour moi. La musique permet de propager un message d’unité de façon plus effective.

Pourquoi la guitare acoustique?

J’aime le bois. Le bois raconte l’histoire, le bois chante tout seul.

Votre musique est à la croisée du blues et du folk. Diriez-vous cela?

Je comprends pourquoi les gens disent « folk blues », ils ont besoin d’identifier d’où ça vient. C’est peut-être intéressant pour les musicologues. Personnellement j’affirme que tout est de la musique folk.

Vous allez réaliser un hommage à Leadbelly avec J-J Milteau (Leadbelly’s gold). Que diriez-vous de cette collaboration?

L’idée est venue de Philippe Langlois (Dixiefrog Record). Avec J-J Milteau, qui est un musicien vraiment fabuleux, nous parlons le même langage. Leadbelly était très courageux et digne même s’il a eu une histoire très difficile. Il a délivré un message universel.BB King nous a quittés cette année.

Quelles relations entreteniez-vous avec lui?

Je l’ai rencontré trois fois. C’était un grand musicien, un être humain généreux, joyeux, respectueux et aimant. Il connaissait son rôle en tant qu’ambassadeur du blues. Il va manquer et ne sera jamais oublié.

Le blues est-il le commencement ou la finalité pour vous?

Le blues est l’Alpha et l’Omega.
Il est permanent, éternel et universel. C’est l’arbre de la vie qui ne cesse de grandir.

Quels conseils donneriez-vous aux jeunes musiciens?

Trouvez la musique qui parle vraiment à votre âme, et concentrez-vous dessus, parce que vous ne pouvez pas tout faire. Par ailleurs, connaissez absolument l’histoire de la musique qui vous inspire, elle est source de leçons.

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