Dieu est un baraki

Le Tout Nouveau Testament – Jaco Van Dormael

tout nouveau testament 1
© Le Pacte

baraki \ba.ʁa.ki\ masculin
(Belgique) (Familier) Personne sans manières, qui s’habille mal et qui, le plus souvent, parle mal le français.
Le baraki est « d’après le stéréotype », toujours habillé en training, et passe son temps à crier sur ses enfants.

Le public français se fait toujours une idée du cinéma Belge. Au moins autant qu’il (dé)fantasme sur le cinéma Français.
Le cinéma Belge est, dans l’imaginaire collectif, vêtu de la robe gris pâle des bordures de mer bétonnées d’Ostende, chante son accent mielleux, porte des chaussettes dans les sandales et boit de la Jupiler.
Rassurez-vous, c’est exactement ce que l’on retrouve dans cette production franco-luxembourgo-belge. Mais pas que.

Jaco Van Dormael, ici également producteur, nous livre une sainte réécriture du nouveau testament dans lequel Dieu vit dans un appartement défraîchi de Bruxelles.
La narration se fait du point de vue de l’enfant de ce dernier. Pas Jésus, celui-ci s’étant barré du cocon familial, mais Ea, petite fille de dix ans interdite de contact avec le monde extérieur.
On découvre que Dieu, incarné avec brio et justesse par l’authentique Benoît Poelvoorde, est un salopard qui prend un plaisir malsain à emmerder les humains par le biais de son ordinateur, quand il n’est pas vautré devant les matchs de hockey, une bière à la main. Sa femme, interprétée finement par Yolande Moreau, reste contemplative et s’efface devant les abus de son divin mari.

© Le Pacte

C’est cette situation qui pousse la petite Ea à suivre les traces de son grand frère et à quitter l’appartement pour trouver ses propres apôtres.
S’enchaînent alors les rencontres et les douces bizarreries, et c’est en toute humilité, au contact de gentils fous, que la jeune et céleste protagoniste découvre l’Humanité avec l’innocence d’un regard d’enfant.

Les quelques longueurs dans le rythme sont compensées par l’excellente réalisation et la photographie impeccable appuyées par le piano envoûtant d’An Pierlé. L’artiste belge signe une superbe bande originale mettant en valeur les envolées psychédéliques et les délires surréalistes que n’aurait pas renié Boris Vian

Jaco Van Dormael nous questionne sur ce que nous faisons de notre vie sous couvert d’un film humble et profondément humaniste. On en ressort touché et souriant, un atout non négligeable face à la lourdeur et la grisaille environnante.

© Le Pacte
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