If you have Ghosts, you have everything.

 

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© Jordan Houdart

 

«Le concert aura été mené de main de maître par des performeurs accomplis et aura comblé toutes les espérances du public.»

Le 18 novembre dernier, den Atelier à Luxembourg s’est reconverti en temple démoniaque pour accueillir la messe noire des six suédois de Ghost. Le groupe avait déjà foulé le sol du Grand Duché en première partie d’Iron Maiden le premier juillet 2014.

Quelques jours après les attentats de Paris, l’Atelier s’était paré au-dessus de son porche d’une banderole solidaire «We are Bataclan».

Dead Soul, formation suédoise à géométrie variable, tantôt accompagnée de deux batteurs et de deux claviéristes, ouvre pour Ghost sur toute la tournée actuelle avec uniquement deux guitaristes bricoleurs de sons et leur chanteur.

Nul ne peut être partout à la fois, et c’est ce qui fait défaut à cette formation qui comble le manque de musiciens par des samples. Si l’idée de mixer les sonorités électros avec des sons tantôt rock, tantôt blues est bonne, la redondance des motifs et des sons empêche le tout de décoller, tant bien que le groupe semble enchainé à la scène.
Malgré une recette et un concept qui pourraient être intéressants, le trio peine donc à convaincre et arrache difficilement les applaudissements du public.

Vient alors le moment du changement du plateau.
Messe et groupe clérical oblige, l’attente se fait alors que de l’encens se consume et embaume la salle dans laquelle résonne le Misere Mei, Deus de Gregorio Allegri. Le cadre et posé.

Surgissent alors de la lumière rouge infernale les cinq Nameless Ghouls, musiciens anonymes menés par Papa Emeritus III, leader, figure emblématique et frontman charismatique du groupe.

Lorsqu’ils entament Spirit, premier titre de leur dernier album Meliora, le public entonne les paroles, et ne s’arrêtera pas du concert. Il semble que le groupe formé en 2008 a un bon nombre de fidèles.

S’enchainent ensuite une grande partie des titres de Meliora, ainsi que quelques uns d’autres albums comme Con Calvi Con Dio, Ghuleh/Zombie Queen ou le presque disco Year Zero.
Pas déçu par la setlist, le public ne l’a pas été par la mise en scène non plus. Les lumières appuyant les propos du groupe ont donné à l’assistance un avant-goût d’un Enfer séduisant, tandis que les charmantes Sisters of Sin choisies parmi le public faisaient communier des spectateurs avides d’un show mené d’une main de maître par Papa Emeritus III.
Ce dernier, dans la première partie du concert, campe parfaitement son rôle de prêcheur satanique empruntant à l’imagerie catholique: mitre, robe et encensoir. Mais c’est un personnage nouveau qui nous apparaît en deuxième partie de show, cheveux noirs plaqués en arrière, costume et queue de pie; il s’agit alors d’un véritable dandy morbide maître de cérémonie.
La cohésion des musiciens masqués et cornus ainsi que leur maitrise technique mettent en valeur les morceaux au style particulier de Ghost, mêlant rock classique, heavy metal et mélodies pop.

Le discours d’introduction de Mummy Dust, résolument anti-capitaliste inscrit le groupe dans une démarche de plus en plus politique, comme le laissait présager dans un premier temps la reprise loin d’être anodine de I’m A Marionette d’ABBA («Like a doll, like a puppet with no will at all
And somebody told me how to talk, how to walk, how to fall»).
Ainsi disait un des Nameless Ghoul le 9 septembre dernier sur le plateau de L’Album De La Semaine sur Canal+: «Sans le moindre doute, notre musique parle de notre société d’une manière extrêmement contemporaine et fondamentale. J’imagine que ça fait de nous un groupe politique».
Assisterait-on a une évolution d’un groupe sataniste à un groupe politique? Ou bien l’anti-catholicisme du groupe ne serait qu’un prétexte à un discours politisé dès le départ?

Quand vint le moment pour tous de se quitter (un peu plus sourds et un peu plus muets) sur le mélancolique The Host Of Seraphim de Dead Can Dance, il était évident que le show, mené par des performeurs accompli, eut comblé toutes les espérances d’un public qui n’a pas été difficile a convaincre. Malgré le mystère, Ghost aura été d’un bout à l’autre du concert cohérent, authentique et sincère.

(Vidéo © Ghost France)

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